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Dialla Konaté
Publié le 13/01/22
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Des lycéennes dans « Les Misérables  », de Ladj Ly  (2019).
Photo RAB Films / Rectangle Productions / Lyly Films
En mai 2018, l’image de la centaine d’actrices, productrices, distributrices et techniciennes montant les marches du Festival de Cannes bras dessus, bras dessous, fait le tour du monde. Et avec elle, naît l’espoir d’un changement en profondeur du cinéma français sur la question du genre. Sauf que si les symboles ont leur importance, ils ne suffisent pas à changer en un clin d’œil une réalité ancrée depuis des décennies. En témoignent les premières conclusions de l’étude Cinégalités, présentées en décembre 2021 lors des 4es assises du collectif 50/50 qui milite en faveur de la parité et de la diversité dans l’industrie cinématographique et audiovisuelle.
L’enquête s’appuie sur cent quinze films français sortis en 2019, le haut du palmarès en termes de budget et d’entrées en salles. Si les chiffres datent un peu, ils ont l’immense mérite de dresser une photographie fidèle à cette date des inégalités de représentation dans le cinéma. Un point de repère pour l’avenir d’autant plus important que si l’équivalent pour la télévision existe depuis de nombreuses années avec le baromètre de la diversité du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), c’est la première fois qu’une étude de cette ampleur est conduite sur le cinéma. Sans grande surprise, les résultats pointent un manque de représentation des personnes racisées, des femmes de plus de 50 ans, des personnes LGBTQ+ ou en situation de handicap.
Juliette Binoche (Ouistreham), Virginie Efira (Madeleine Collins, En attendant Bojangles), Laetitia Casta (La Croisade), Alice Da Luz (Twist à Bamako) ou Alexandra Lamy (Le Test) ont beau tenir avec talent, drôlerie ou gravité la tête d’affiche de nombreux films sortis ces dernières semaines, la place des femmes à l’écran n’est toujours pas à la hauteur de leur présence réelle. Elles représentent 52 % de la population française, mais seulement 39,7 % de l’ensemble des personnages de l’étude (38 % si l’on ne prend en compte que les rôles principaux). Ce chiffre tombe à 6 % lorsqu’il s’agit de rôles principaux joués par des actrices non blanches. Pas non plus évident de décrocher un rôle lorsqu’elles ont plus de 50 ans : dans la tranche des 50-64 ans, seulement 12 % des rôles principaux sont féminins. En revanche, les femmes sont majoritaires dans la tranche des 20-34 ans (51 %) et des plus de 65 ans (67 %).
Virginie Efira dans « En attendant Bojangles », de Regis Roinsard (2021).
Roger ARPAJOU – CURIOSA FILMS – STUDIO CANAL – FRANCE 2 CINEMA – ORANGE STUDIO
Ce phénomène du « tunnel de la comédienne de 50 ans », bien connu dans l’industrie du cinéma, se traduit par une mise hors champ des actrices de la cinquantaine, contrairement à leurs partenaires masculins. « Parmi les personnages féminins, on a des jeunes femmes, des mères de familles, des femmes dans la fleur de l’âge qui sont prises dans des relations amoureuses ou familiales. À 50 ans, elles disparaissent en tant que mères pour revenir en grands-mères », explique Sarah Lécossais, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Sorbonne-Paris-Nord et coautrice de l’enquête. La solution à cet âgisme réside peut-être dans l’attitude des réalisatrices, car l’enquête révèle une corrélation claire entre le nombre de femmes derrière la caméra et celles placées devant. « Plus il y a de mixité dans les équipes de production, plus il y a de femmes à l’écran », résume l’enseignante-chercheuse.
L’étude s’est également penchée sur la question de l’origine perçue des personnages et là encore, le cinéma français est à la traîne : 78 % des personnages sont perçus comme blancs, 9 % comme noirs, 9 % comme arabes, et 2 % comme asiatiques. Pour les personnages principaux, la diversité est quasi inexistante avec 81 % de têtes d’affiche blanches.
Cette faible représentation de la diversité ethnique s’accompagne d’une stigmatisation des acteurs racisés. Ces derniers sont surreprésentés dans les rôles de délinquants et de criminels : 11 % des personnages qui commettent des crimes sont non blancs. Et ce chiffre grimpe à 28 % pour ceux perçus comme musulmans. À l’inverse, seuls 4 % des personnages s’engageant dans des activités illégales sont identifiés comme blancs. Les Misérables, de Ladj Ly, Mon frère, réalisé par Julien Abraham, ou encore Banlieusards, du rappeur Kery James, sont des exemples de films sortis en 2019 dont les scénarios abondent de personnages de délinquants interprétés par des acteurs racisés.
Dali Benssalah dans « Banlieusards », de Kery James et Leila Sy  (2019).
Photo John Waxxx / Netflix – Les Films Velvet – SRAB Films
Dans le cinéma français, la criminalité est par ailleurs essentiellement masculine, les hommes représentant 72 % des criminels répertoriés par l’étude. À cette masculinisation de la délinquance, s’ajoute également un fort marquage par les origines puisque 40 % de ces délinquants de fiction s’expriment en langue étrangère et 31 % avec un accent étranger.
Et comme pour les femmes, les acteurs racisés ont tout intérêt à être jeunes s’ils espèrent « percer » car plus les personnages sont âgés, plus la part des non blancs régresse. « Pour la diversité, il y a une prime à la jeunesse », confirme Sarah Lécossais. Sans oublier que pour exister, mieux vaut viser les drames. Un constat pas forcément intuitif  : « On s’attendait à ce que les personnages perçus comme non blancs jouent davantage dans les comédies que dans les drames. Ce n’est pas le cas. »
Deux autres catégories de personnages semblent particulièrement boudées par les scénaristes du cinéma français : ceux en situation de handicap et les LGBTQ+. Selon le collectif, 18 % de la population française vit avec un handicap. Sur grand écran, ils sont six fois moins nombreux. Et encore, ce chiffre très faible n’aurait pas été atteint sans le succès remporté cette année-là par Hors normes, le film d’Olivier Nakache et Éric Toledano sur l’autisme.
Même combat pour les LGBTQ+ : 95 % des personnages dont l’orientation sexuelle est connue sont identifiés comme hétérosexuels. Ce qui laisse une place bien maigre pour les bisexuels (3 %) et plus encore pour les homosexuels (2 %). Sans parler du pourcentage de personnages transgenres qui frôle les 0 %. On pourrait presque compter sur les doigts d’une main les films sortis en 2019 avec une distribution de rôles queer comme Les Crevettes pailletées, de Cédric Le Gallo et Maxime Govare, ou Lola vers la mer, de Laurent Micheli.
Mya Bollaers, actrice transgenre, dans « Lola vers la mer  », de Laurent Micheli (2019).
Photo 10:15 Productions – Wrong Men North
Au vu de cet état des lieux, pas besoin d’être devin pour comprendre que les inégalités de genre, d’origine ou d’orientation sexuelle dans le cinéma français ne vont pas se résoudre du jour au lendemain. L’évolution pourrait cependant être beaucoup plus rapide qu’elle ne l’a été durant les dernières décennies. Question d’époque. Le mouvement #MeToo joue un rôle d’accélérateur des mentalités et les jeunes générations revendiquent plus de diversité en tout. « Les films les plus plébiscités par le public se démarquent par plus de diversité dans l’origine perçue des personnages », constatent ainsi Maxime Cervulle et Sarah Lécossais, les deux auteurs de l’étude. Les quinze films ayant réalisé le plus grand nombre d’entrées en 2019 comptaient près d’un tiers de personnages principaux perçus comme non blancs, soit le double de la moyenne des films étudiés par le collectif.
Sur le plan de la mixité, la volonté de changement est également affirmée. Elle est assumée par nombre de professionnels du secteur et poussée par le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) avec des aides financières en faveur de la parité. En 2020, 34 % des films de fiction et d’animation d’initiative française ont ainsi bénéficié du bonus parité du CNC et quatre-vingt-neuf festivals de cinéma ont signé la charte du collectif 50/50 pour plus de parité et de diversité. De quoi espérer un avenir plus ouvert.
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