Les meilleurs films de 2020 : le top 10 de la rédaction – LeMagduCiné

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« Never Rarely Sometimes Always est un excellent film qui montre la vie pas si facile des femmes dans un pays où le MeToo reste encore finalement une manifestation très marginale. Dans le cœur de l’Amérique, dans les villes de province,  les femmes subissent encore un machisme pour ne pas dire plus, protégé par la société elle-même. Dans ce pays, la première puissance du monde, un rôle d’exemple pour tant d’autres, le droit à l’avortement est réduit à sa portion congrue, les centres ferment les uns après les autres, sous les yeux goguenards de son président, et même si des voix comme celles d’Eliza Hittman continuent à faire de la résistance à leur manière, la souffrance des Autumn et des Skylar, victimes de toutes les concupiscences, reste vive. In fine, le côté mumblecore du film est celui qui prend le dessus, la belle amitié des deux cousines est finalement ce qu’on retiendra le plus du métrage. Il suffit de deux doigts qui se croisent pour s’en convaincre… »

« Les Choses qu’on dit… est un film incroyablement rythmé malgré une pléthore de dialogues très sobres, très théâtraux. Le scénario est solide, regorgeant de ramifications, la musique classique, très présente, soulignant délicatement les situations mises en scène. Mouret s’appuie sur des cadres enchanteurs en guise d’écrins aux nombreux tête à tête entre les différents personnages. En effet, n’apparaissent ensemble à l’écran que des paires amoureuses ou amicales ;  les moments de trahison, de doutes, de douleurs ne sortant que très rarement du cadre du récit oral que chacun des deux protagonistes en fait à l’autre.
Le  film d’Emmanuel Mouret, à l’image de tous ceux qui l’ont précédé, parle de l’amour, de la complexité du désir, de l’inconstance des amoureux. Empruntant des chemins différents, de la comédie au film en costumes, il arrive ici à une sorte de quintessence, à ce genre de films où il ne reste plus aucun gras, aucun superflu, un film paradoxalement minimaliste malgré le marivaudage ambiant. Un film qui vise juste et qui peut parler à tous. Un petit bijou en somme, son meilleur à ce jour assurément. »

« Contrairement au court-métrage du même nom, Madre, le film, est plus une affaire de femme que de mère. Même si l’origine de son mal-être est  la disparition de son fils, Elena a surtout besoin de se reconstruire en tant que femme, et sa renaissance au monde est mise en scène par le cinéaste comme un vrai coming of age adolescent, que la protagoniste vit d’ailleurs avec des adolescents. Tout se passe comme si, de nouveau, Elena apprenait à marcher, à vivre, au contact de Jean. Les « adultes » (son compagnon, les parents de Jean) sont dans un premier temps les chaperons bienveillants et plus ou moins conscients de cette renaissance, pour retourner après dans leur rôle classique.
Madre est un film finalement très différent du court métrage éponyme. Un film beau et délicat qui n’offre pas les réponses sur un plateau. Au spectateur de se forger une idée par rapport à ce qu’il vient de voir. D’autant que, comme à son habitude, il offre une fin très ouverte qui invite à la réflexion et à l’imagination, tout ce qu’on attend d’un bon film, au fond. »

« Le film des frères Safdie est en quelque sorte un diamant mal taillé, une opale mal dégrossie à l’intérieur de laquelle profitant d’un rayon lumineux, l’œil pénètre. De fait, les tribulations de leur héros dans la 47ème rue sont autant d’invitations à réfléchir en termes de lumière et de regard. Ainsi cette scène où Howard caché dans l’ombre, observe sa maîtresse qui le croit ailleurs, ou de ce cabinet de joaillerie très théâtral, dont les cloisons sont en verre, stoppant la mobilité des personnes mais laissant passer leurs regards. Mais c’est surtout du point de vue de la photographie que le film épate. On le doit au remarquable travail du chef opérateur Darius Khondji sur les scènes d’intérieur d’abord, telle cette boite de nuit en lumière noire ou plus globalement sur la photographie de cette vie nocturne qu’apprécient tant de mettre en scène les frères Safdie.
Brillant de mille éclats comme l’opale tant convoitée, Uncut Gems s’apparente à une sorte de labyrinthe, un organisme vivant que notre œil inspecte, une œuvre non sans défauts mais complexe où la noirceur côtoie le sublime. »

« Au même rang que ses récents et illustres prédécesseurs comme Spotlight ou Pentagon Papers, Todd Haynes livre un film tenu, abouti et extrêmement bien dosé dans lequel on retrouve l’exigence esthétique et formelle d’un cinéaste passionnant. L’enjeu est toujours de taille lorsque l’on aborde un genre très codifié, qui laisse peu de marge à l’innovation. Et rendre captivant une histoire s’étalant sur plusieurs décennies constituait une autre paire de manches.
Le cinéaste semble plus en retenue dans l’investissement artistique du film. On retrouve cependant cette obsession pour le cadre, toujours d’une grande justesse, ainsi que le travail méticuleux de la reconstitution. Le style Haynesiense trouve dans la minutie des détails : des coiffures aux tapisseries. Pour Dark Waters, le cinéaste américain a poursuivi sa collaboration avec le chef-opérateur Edward Lachman, qu’il retrouve après Loin du Paradis et Carol. La lumière, autre force du cinéma de Haynes, contribue à l’atmosphère froide et âpre d’un hiver américain. Elles mettent en valeur la nuance sur les couleurs grisâtres qui donnent du relief à ce récit classique, au sens noble du terme. Le résultat est saisissant. Une nouvelle histoire de David contre Goliath mais avec les temps qui courent, l’espoir est toujours le bienvenu. »

« La cinéaste a donc réuni les meilleurs atouts pour son beau film, le casting n’étant pas le dernier de ces atouts. On appréciera en particulier la jeune Florence Pugh qui a étonné autant dans le récent Midsommar de Ari Aster que dans The Young Lady de William Oldroyd, des choix qui montrent un instinct sûr de la part de la jeune actrice. Jouant peut-être le rôle le plus difficile de la partition des Filles du Docteur March, elle incarne la transformation la plus complexe des adolescentes en « little women » (titre original du film) avec beaucoup de crédibilité, depuis ses caprices d’enfant jusqu’à sa maturité et son réalisme de jeune adulte.
Les Filles du Docteur March est une réussite qui justifie entièrement cette énième reprise. Avec ce film, Greta Gerwig montre qu’elle est une des grandes du moment. N’est-elle pas avec Lady Bird une des rares femmes, seulement cinq, nominées aux Oscars dans la catégorie Meilleur Réalisateur, et qui plus est, pourrait bien redoubler bientôt l’exploit avec ce nouveau film ? »

S’il marche clairement sur les pas de Jia Zhangke, dont les films reflètent les différentes transformations de la société chinoise (Still Life, Au-delà des Montagnes, Les Eternels), Gu Xiaogang n’hésite pas à affirmer ses propres considérations artistiques. On s’en rend compte notamment dans sa manière d’entrelacer les différentes intrigues, délaissant certaines avant d’y revenir au mouvement suivant, jouant astucieusement avec le montage parallèle et les ellipses pour donner une vraie profondeur à son histoire, suggérant la présence de béances qu’il a la décence de ne pas surligner. La mise en scène, le travail sonore, ou encore le soin apporté à la narration, tout est là pour faire de ce “séjour” un moment inoubliable. Comme le carton final nous le rappelle, Séjour dans les monts Fuchun se présente comme étant la première partie d’une trilogie : espérons que les épisodes à venir sauront pérenniser sa fraîcheur revigorante.

« « Mank », c’est un morceau d’histoire. Un scénario écrit par Jack Fincher que son fils David réalise presque trente années plus tard, à la marge d’une industrie cinématographique trop frileuse et avec l’appui intéressé de Netflix. C’est aussi la genèse d’un film mythique, « Citizen Kane », et la narration elliptique de tout ce qui présidera à l’absence d’Orson Welles et Herman Mankiewicz à la cérémonie des Oscars de 1942, où ils seront pourtant primés. C’est la réhabilitation achevée du scénariste et de son pouvoir de mystification, à travers les fausses actualités conçues par la MGM pour l’élection du Gouverneur de Californie en 1934, où Upton Sinclair s’inclinera devant Frank Merriam sur fond de désinformation anticommuniste. C’est Pauline Kael, célèbre critique du New Yorker, voyant sa thèse accréditée : selon elle, et nonobstant les nombreux et convaincants démentis qui s’ensuivirent, Herman Mankiewicz serait l’instigateur des principales trouvailles de « Citizen Kane ».
On a en effet envie d’y croire : ce script doctor plus souvent éméché que crédité, lucide et parfois pathétique, engagé dans une série de relations ambivalentes, est une sorte de personnage coenien qui s’ignore. Un loser magnifique. Ou plutôt un génie incompris. Vis-à-vis de son prestigieux modèle, « Mank » multiplie les références appuyées et les révérences discrètes : des intérieurs majestueux, une bouteille brisée, des bonds temporels ne cessent de renvoyer, en seconde intention, à « Citizen Kane ». Et sur la forme, c’est une réussite totale, bien que soustractive : une mise en scène élégante, un walk and talk cinéphilique et sorkinien, des jeux de lumière en pagaille, une galerie de personnages s’enluminant les uns au contact des autres, le tout sans ligne directrice claire ni élément perturbateur unique ou conclusion définitive. C’est en cela que « Mank » relève à la fois d’une densité folle et d’un cinéma par soustraction : on y portraiture avec soin un milieu et une époque, mais en se jouant de certains canons cinématographiques. »

« Jan Komasa opte pour une mise en scène précise et sans effets inutiles. Le charisme de Daniel  est un atout essentiel du film, et se suffit presque à lui-même pour faire passer le message de l’ambiguïté de la foi telle que le cinéaste le ressent : Daniel est embarqué dans des actes très violents, mais est également capable de la plus grande empathie, la plus grande compassion envers « ses » paroissiens. Il est le moins ascétique de tous (voir la nuit de débauche qu’il s’offre lors de sa sortie du centre), mais il est également celui qui semble être le plus touché par la grâce divine. Sa dimension quasi-christique, puisque c’est de Corpus Christi qu’il s’agit, est également portée par son rôle dans le trauma collectif du village ayant perdu six jeunes dans un accident de voiture. Daniel fait office de guide spirituel face à des villageois consumés par la haine de la veuve du chauffeur, tout en se prévalant de la piété la plus pure.  Il est question de faute, de punition, de pardon, mais également de rédemption en ce qui concerne ce délinquant qu’on a vu dans la violence.
Le cinéaste questionne ainsi avec  intelligence la pratique de la religion catholique dans son pays, où il y aurait une appétence pour la forme, et non pour le fond. Comme dit le curé de la paroisse lui-même , « beaucoup viennent à la messe, mais peu prient ». Il questionne aussi le politique, les pratiques de corruption qui semblent encore gangrener la Pologne.
La Communion est un beau film qui ne dépare pas de ceux de ses immenses compatriotes, Pawel Pawlikowski (Ida, Cold War), et Jerzy Skolimovski (11 minutes, Deep End, Essential Killing) pour ne citer qu’eux. Les  choix de cadrage sont justes, avec des plans souvent serrés sur les protagonistes, et l’image de Piotr Sobocinski Jr. arrive à sublimer des intérieurs et des extérieurs tous simples avec une lumière toujours judicieuse. Sélectionné pour représenter la Pologne aux Oscars pour le prix du meilleur film étranger, La Communion n’a pas résisté à la tornade Parasite, sans pour autant démériter. »

« Magnifiée par la photographie de Roger Deakins oscarisé en 2018 pour Blade Runner 2049, la nature assiste impuissante au cruel spectacle de la guerre. Les mouvements de caméra ne sont jamais nerveux, ni brusques mais élégants : ils resserrent ou élargissent le cadre, repoussent toujours plus loin la ligne d’horizon et accompagnent Schofield et Blake — qui traversent ensemble une grande variété de paysages : les tranchées anglaises et allemandes, les tunnels, la ferme, la canal… — dans une chorégraphie virtuose. Le spectateur devient le compagnon des soldats ; ce dernier fait abstraction du caractère factice du plan-séquence pour prendre part à une expérience cinématographique immersive. Outil narratif total, la caméra subjective capture sans filtre l’horreur et la désolation qui encerclent les protagonistes. Elle s’attarde sur leurs blessures et leurs uniformes couverts de boue, témoins tragiques d’épouvantables mares de sang et du calvaire quotidien vécu au front. Schofield, au contraire, ne doit pas s’appesantir sur sa souffrance. Le cinéaste sublime ce chaos en s’appuyant sur la puissance évocatrice et émotionnelle des images venue transcender les notions de territoire, de devoir et de sacrifice jalonnant le scénario signé Krysty Wilson-Cairns (Last Night in Soho, Penny Dreadful). La partition de Thomas Newman, quant à elle, va crescendo ; elle renforce l’atmosphère étrange et onirique qui se dégage continuellement du décor. 
Les deux acteurs qui incarnent à la perfection cette chair à canon jetée dans le brasier de la Grande Guerre sont prodigieux. Tout au long de leur parcours semé d’embûches, ils croisent leurs supérieurs hiérarchiques, des « points de repères » campés par Colin Firth (Genius), Andrew Scott (Sherlock), Mark Strong (Kingsman : Le Cercle d’or, Shazam!), Richard Madden (Cendrillon, Bastille Day, Rocketman) et Benedict Cumberbatch (Imitation Game), chacun symbolisant une étape décisive de cette funeste aventure.
En somme, Sam Mendes réinvente le film de guerre et signe un drame à la fois grandiose et intime sur la condition humaine. Reconstitution historique ou tragédie contemporaine loin de l’héroïsme belliqueux du cinéma de guerre patriotique et sanglant, 1917 rend un vibrant hommage aux combattants ainsi qu’aux héros méconnus de la Grande Guerre. Bouleversant. Intense. Éblouissant. Magistral. »

 

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