"Folles" d'histoire ! Jeanne Balibar et les historiennes : épisode 45/45 du podcast Fou d'histoire – France Culture

L’histoire s’invite sur scène avec la comédienne et chanteuse Jeanne Balibar. Ancienne étudiante en histoire, devenue ensuite comédienne, l’artiste retrace trois destins féminins grâce aux travaux de trois historiennes et remet au goût du jour les récits du passé…
Jeanne Balibar (Comédienne, chanteuse), Charlotte de Castelnau-L’Estoile (Historienne, professeure à Sorbonne Université, spécialiste de l’histoire du Brésil colonial et de l’esclavage), Anne-Emmanuelle Demartini (Historienne, professeure d’histoire contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Emmanuelle Loyer (Historienne, professeure à Sciences Po Paris, spécialiste de l’histoire culturelle des sociétés contemporaines).
Fou d’histoire, pour donner la parole à ceux et à celles qui ne sont pas historiens, pas historiennes, mais qui se plongent dans le passé, s’en régalent, et y trouvent des émotions et nous les transmettent.
Voici Páscoa et ses deux maris, une esclave entre l’Angola, le Brésil et le Portugal. Voici Violette Nozière, jeune femme parricide, une fleur du mal. Voici Delphine Seyrig, actrice, réalisatrice, militante. Des figures du passé qui parlent à notre présent grâce au travail des historiens, des historiennes… et des artistes !
Jeanne Balibar entreprend des études d’histoire lorsqu’elle intègre l’École normale supérieure. Elle obtient une maîtrise d’histoire et décroche une bourse pour commencer une thèse d’histoire à Cambridge. Cependant, la jeune femme emprunte une toute autre voie, celle de l’art dramatique : “je n’avais pas envie d’étudier l’histoire, mais de raconter des histoires, ou plutôt de mimer des histoires”, nous confie la comédienne.
Jeanne Balibar entre au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique avant de devenir pensionnaire de la Comédie-Française. Elle y interprète des rôles dans les pièces célèbres : Dom Juan de Molière, Le Square de Marguerite Duras ou encore Clitandre de Corneille. S’ensuit une carrière au cinéma, on la retrouve notamment dans les films : J’ai horreur de l’amour de Laurence Ferreira Barbosa et Va savoir de Jacques Rivette ainsi que dans une quarantaine d’autres films ; elle s’adonne également à la réalisation de films et au chant. Si son choix l’a portée vers une carrière artistique, quel rapport la comédienne entretient-t-elle avec l’histoire ? La comédienne estime que dans la recherche historique, “il y a quelque chose qui permet de faire l’hypothèse du vrai, et c’est ce qui rend beau et possible un texte, ce qui lui confère une valeur à la fois scientifique et esthétique”.
La comédienne retrouve trois amies du lycée Henri IV devenues historiennes : Charlotte de Castelnau-L’Estoile, Anne-Emmanuelle Demartini et Emmanuelle Loyer. Elles décident de monter une pièce de théâtre qui s’intitule Les HistoriennesAnne-Emmanuelle Demartini souligne que cette pièce est “une affaire de femmes. Dans ces histoires qui sont racontées dans le spectacle, la voix est un enjeu, il y a l’enjeu de la parole des femmes. Est-ce que la victime a fait entendre sa voix et est-ce qu’elle a été entendue ?”
Jeanne Balibar nous fait voyager dans le temps avec la lecture de trois textes historiques qui évoquent le destin de trois femmes atypiques. Nous découvrons la parricide Violette Nozière et son procès qui retrace une histoire des années 1930, l’actrice Delphine Seyrig et son engagement féministe dans les années 1970 et enfin l’histoire de l’esclave Páscoa, accusée de bigamie par le tribunal de l’Inquisition portugaise au temps de l’esclavage en 1700. Charlotte de Castelnau-L’Estoile, spécialiste de l’histoire coloniale et de l’esclavage, évoque l’écriture du texte sur Páscoa : “Pour ma thèse, j’ai travaillé sur le mariage des Indiens et des esclaves dans le Brésil colonial. Puis, j’ai écrit un texte sur l’esclave Páscoa dans la perspective du spectacle de Jeanne Balibar, j’avais beaucoup à dire sur le sujet. Je savais que quelqu’un s’emparerait du texte, quelqu’un avec une voix merveilleuse comme Jeanne”.
La micro-histoire se trouve au cœur de ces textes historiques ; celle-ci permet d’avoir un échantillon et une compréhension des sociétés du passé et de la façon dont les femmes sont considérées par la justice notamment, à différentes périodes. D’autant que la recherche historique sur l’histoire des femmes est un champ d’étude récent sur lequel les historiennes basent leurs travaux. L’historienne Emmanuelle Loyer évoque le cas de l’actrice Delphine Seyrig : “elle a payé très cher son engagement politique, son combat féministe dans les années 1970. Elle a incarné une polyphonie des existences féminines en étant une mère, une actrice, une amante”. Cette lecture permet de redonner une voix à des femmes dont la parole fut jugée illégitime et irrecevable. Jeanne Balibar a souhaité exposer “des histoires qui racontent quelles sont les violences, les chantages, les punitions qui ont été imposés à ces femmes. C’est par le biais de mes trois amies que je m’identifie à elles, et que passe dans mon corps, la nécessité terrible, archaïque, de raconter par leurs voix, les histoires auxquelles elles s’intéressent et auxquelles elles nous permettent de nous intéresser”.
Que révèlent ces trois destinées de femmes des sociétés du passé, des mentalités, des mœurs et de la condition féminine ? Quelle dimension l’art théâtral permet-il de donner aux archives et à l’histoire ?
Jeanne Balibar met en scène et interprète la pièce de théâtre Les Historiennes, co-écrite par Charlotte de Castelnau-L’Estoile, Anne-Emmanuelle Demartini et Emmanuelle Loyer, qui se joue du 28 septembre au 1er octobre 2022 au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris dans le cadre du Festival d’automne.
Générique de l’émission : Origami de Rone
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