Cinéma : un été à oublier pour les salles françaises – Les Échos

Les salles de l'Hexagone ont enregistré leur pire période estivale depuis la fin des années 2000. En cause : le manque de blockbusters américains et pas de succès éclatant pour les films français. La rentrée s'annonce compliquée, même si la filière se veut confiante pour 2023.
Par Marina Alcaraz, Fabio Benedetti Valentini
Après un été meurtrier pour les salles obscures, la rentrée s'annonce compliquée et la filière se projette déjà sur 2023 pour un éventuel rebond. Les salles de cinéma ont enregistré 25,2 millions d'entrées en juillet et août, selon les données de Comscore, soit 1,2 million de moins qu'à l'été 2021 – et ce alors même qu'à l'époque, l'introduction du passe sanitaire avait fait chuter la fréquentation. Pour les salles françaises, la période estivale qui s'achève signe le pire été depuis la fin des années 2000.
En juillet, les sorties de « gros » films comme « Les Minions 2 » (Illumination/Universal) et « Thor : Love and Thunder » (Disney) ont été rares. Malgré la poursuite de la dynamique de « Top Gun : Maverick » (Paramount), le mois d'août a été encore plus calme avec peu de nouveautés créant de l'engouement, mis à part « One Piece Red » (distribué par Pathé) qui confirme la percée des films inspirés des mangas japonais.
« L'été 2021, il y avait eu une conjonction heureuse de blockbusters américains et plusieurs films français qui ont bien marché, à l'image de 'BAC Nord' , remarque Eric Marti, directeur de Comscore en France. Mais depuis plusieurs mois, on est dans un marché de 'stop-and-go'. Et surtout, à la différence de ce qu'on voyait il y a quelques années, les gros succès n'ont pas d'effet d'entraînement sur d'autres titres. »
Cet été, un seul film dépasse les 3 millions d'entrées (« Les Minions 2 »). Nombre de longs-métrages sur lesquels les professionnels plaçaient de grands espoirs n'ont pas eu le succès escompté : en témoignent « Nope » (436.000 entrées sur juillet-août) ou même « Bullet Train » avec Brad Pitt (1,2 million d'entrées).
Pour le cinéma français, peu de satisfactions non plus. Le meilleur score estival a été celui de « Ducobu Président ! » (1,1 million d'entrées). A noter aussi la belle surprise de « La Nuit du 12 » (423.000 entrées). Mais plusieurs films tricolores ont marqué le pas. « La Très Très Grande Classe » ou « Joyeuse Retraite 2 » (avec Michèle Laroque et Thierry Lhermitte) n'ont engrangé qu'environ 350.000 entrées chacun.
« Bon nombre de comédies françaises ont fait des scores limités alors que par le passé, une bonne comédie d'été enregistrait autour de 2,5 millions de spectateurs, reprend Eric Marti. Même s'il y a moins de blockbusters américains que d'habitude, il semble que les spectateurs viennent au cinéma avant tout parce qu'il y LE film à voir. »
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La rentrée ne semble pas forcément placée sous les meilleurs auspices. Il y a seulement trois blockbusters programmés : « Black Adam » (mi-octobre), « Black Panther 2 » (novembre) et surtout le nouvel opus de « Avatar », qui n'arrivera en salle que mi-décembre. Or, généralement, le rythme de sorties de films américains à gros budget est plutôt de deux par mois, note Eric Marti.
« A la différence de la France, où les interruptions des productions avaient été relativement limitées en 2020, à Hollywood les tournages s'étaient arrêtés pendant neuf mois. Nous subissons aujourd'hui les effets de ce trou de production, mais en 2023 il y aura de nouveau une offre plus soutenue de films américains », observe Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). « Quant aux films français, ils sortent rarement en période estivale. L'été 2021 restera exceptionnel avec le festival de Cannes en juillet et un embouteillage de films après la réouverture des salles. On est revenu au rythme habituel de sorties. »
Côté films français, la rentrée sera donc peut-être plus riche avec par exemple le thriller « Kompromat » (avec Gilles Lellouche) qui sort la semaine prochaine. En octobre, il y aura notamment l'arrivée en salle d'un biopic sur Simone Veil et de « Novembre », avec Jean Dujardin, sur la traque des terroristes après les attentats de 2015.
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Mais dans son ensemble, l'année risque d'être compliquée. « Nous sommes une industrie de l'offre et du désir, or l'offre a été relativement limitée pour parler à tous les publics et le restera encore quelques mois », observe un dirigeant d'un grand distributeur.
Selon Comscore, les entrées devraient se situer autour de 150 millions sur l'ensemble de 2022. Du jamais-vu depuis la fin des années 1990.
« Même si l'année pourrait se terminer à -25 % ou -30 % en nombre d'entrées par rapport à 2019, c'est loin d'être un effondrement, car à chaque fois qu'il y a une sortie significative ou un événement on voit l'adhésion des spectateurs », tempère Marc-Olivier Sebbag. « La reprise post-Covid sera longue, mais en 2023 on devrait revenir à plus de 180 millions d'entrées », prédit-il.
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L'année prochaine, plusieurs grosses sorties sont prévues : les nouveaux « Mission Impossible », « Indiana Jones » et « Astérix »… « 2022 sera une année de transition, mais on est confiant pour 2023, estime pour sa part Hélène Herschel, déléguée générale de la Fédération nationale des éditeurs de films. Pour préparer fin 2022 et surtout 2023, l'urgence des distributeurs est d'investir massivement en communication et promotion pour jouer à armes presque égales avec les plateformes qui ont des stratégies marketing poussées. On espère des aides du CNC pour cela. »
Marina Alcaraz et Fabio Benedetti Valentini
Tous droits réservés – Les Echos 2022

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