À la Mostra de Venise, les Français défendent leurs couleurs – La Croix

Alors que le festival s’achève samedi 10 septembre sur le Lido, quatre films français sont en lice pour succéder à L’Événement d’Audrey Diwan, Lion d’or en 2021, dont les beaux films d’Alice Diop et Rebecca Zlotowski.
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À la Mostra de Venise, les Français défendent leurs couleurs
Les enfants des autres, s’empare d’un sujet rarement évoqué au cinéma, celui d’une femme de 40 ans qui n’a pas d’enfant et doit faire avec ceux des autres. 
AD VITAM
Sur les 23 films en compétition à Venise, dont un gros contingent de films américains, les Français étaient présents en force au Lido avec quatre films, et un cinquième si l’on compte celui de Florian Zeller, The Son, coproduction américaine qui surfe sur le succès remporté l’année dernière par The Father. Un contingent marqué par une production Netflix, Athena de Romain Gavras (en ligne le 23 septembre) – mise en scène très spectaculaire d’un embrasement des quartiers populaires –, et dans lequel se distinguent les beaux films de Rebecca Zlotowski et Alice Diop.
La première, avec Les Enfants des autres, s’empare d’un sujet rarement évoqué au cinéma, celui d’une femme de 40 ans qui n’a pas d’enfant et doit faire avec ceux des autres. Notamment celui de son nouveau compagnon Ali, une fillette de 4 ans demi avec laquelle elle noue des liens sans savoir très bien comment se positionner auprès d’elle. Quelle est la nature exacte de ces liens, en quoi pèsent-ils sur la relation amoureuse avec le père et que deviennent-ils lorsque celle-ci prend fin ? Ce sont toutes ces questions que la cinéaste pose dans ce film avec beaucoup de sensibilité et d’intelligence.
La cinéaste a expliqué qu’elle travaillait à l’origine sur l’impuissance masculine, l’adaptation du livre de Romain Gary Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, lorsqu’elle a été confrontée à sa propre impuissance : «Celle d’une femme de 40 ans sans enfants qui en désire un et élève en partie ceux d’un autre, ceux d’une autre. Une belle-mère, sans être mère elle-même. » Une situation banale aujourd’hui dans les familles recomposées, mais qui constitue selon elle un angle mort dans la représentation cinématographique. Un personnage secondaire placé, à la faveur de ce film, au centre du récit.
Dans une grande fluidité de mise en scène, Rebecca Zlotowski a l’art de manier la comédie et le drame, la légèreté et la gravité, pour dresser ce très beau portrait de femme auquel Virginie Efira apporte toute sa fraîcheur et sa simplicité. Il n’est aucunement question de souffrance ou de culpabilité chez Alice, seulement de la vie comme elle va, d’occasions manquées et d’horloge biologique qui avance inéluctablement. Une héroïne à la Sautet et un film qui emprunte aux années 1970 ce ton de la comédie naturaliste, exempt de toute surcharge dramatique.
Le drame est au contraire pleinement assumé dans le film d’Alice Diop qui nous emmène dans le prétoire de Saint-Omer, où Laurence Coly est jugée pour infanticide. La documentariste qui nous avait épatés avec Nous, s’est inspirée d’un fait divers réel, celui d’une femme qui avait noyé son enfant de 15 mois sur une plage de Berck-sur-Mer, pour réaliser son premier film de fiction. Littéralement obsédée par la figure de cette femme, d’origine sénégalaise comme elle, qui avait évoqué un maraboutage pour justifier son acte, elle s’est rendue sur place pour assister aux audiences du procès. Rama, une romancière qui veut écrire un livre sur cette histoire, est son double dans le film.
Des audiences filmées en longs plans fixes, une forme épurée jusqu’à l’extrême : dans Saint-Omer, Alice Diop tente de montrer le personnage de l’accusée dans toute sa complexité. Et de déconstruire, derrière l’opacité de ses motivations, les images projetées sur elle par la société française. Mais aussi de raconter, à travers son parcours, toutes ces histoires de mères exilées et de femmes invisibles transmettant à leur fille une forme de honte de soi.
Enfin, l’acteur et réalisateur Roschdy Zem a surpris avec Les Miens, film choral qui emprunte beaucoup à sa propre histoire et se démarque nettement de ses précédentes réalisations. L’histoire d’une fratrie bouleversée par l’accident du plus jeune de leur frère, le gentil et doux Moussa. Victime d’une commotion cérébrale, celui-ci, désormais sans filtre, ne se prive pas d’asséner ses quatre vérités à chacun et notamment à Ryad, vedette de la télévision, grand frère admiré et souvent absent, interprété par Roschdy Zem lui-même. Portant la patte de Maïwenn, qui en a coécrit le scénario, le film touche par le bel hommage qu’il rend à la famille et, au delà, à sa famille de cinéma puisqu’on y retrouve, outre Maïwenn, Sami Bouajila et Rachid Bouchareb.
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