10 films et séries françaises qui se mêlent de politique – Les Échos

Présidents de la République, ministres, maires… En France, le cinéma et la télé, inspirés par des faits réels ou dans le registre de la pure fiction, aiment parfois mettre en scène les femmes et les hommes politiques. Tour d'horizon des oeuvres les plus emblématiques à l'occasion de la sortie des Promesses.
Par Olivier De Bruyn
Le cinéma hexagonal fâché avec la politique et les coulisses de la République ? Pas si sûr… Si nos réalisateurs ont toujours été plus timides que leurs confrères américains sur ce terrain , ils mettent néanmoins de plus en plus souvent des hommes et des femmes de pouvoir dans l'exercice de leurs délicates fonctions.
Alors que le remarquable Les Promesses, de Thomas Kruithof (sur la maire d'une ville de Seine-Saint-Denis en proie à de nombreuses difficultés) sort cette semaine sur les écrans, retour sur sept fictions qui, ces dernières années, ont honoré le genre exigeant du cinéma politique.
Neuf ans avant d'interpréter un président de la République fictionnel dans la série «Baron Noir», Niels Arestrup met en scène un film étonnant sur un candidat à la magistrature suprême que rien ne prédestinait à connaître un tel destin. Le héros, Michel Dedieu (Yvan Attal), doit notamment préparer en un temps record un débat télévisé d'une importance capitale. Manipulations diverses et variées, règne tout puissant de l'image, manigances dans les arcanes du pouvoir : un film politique offensif et singulier.
Bernard Saint-Jean, ministre des transports, doit gérer une situation de crise à la suite d'un terrible accident de la route. Par ailleurs, il est censé mettre en place une réforme ferroviaire qu'il désapprouve… Les réalisateurs français se risquent rarement à mettre en scène les hommes d'Etat dans leur pratique quotidienne. Pierre Schoeller se distingue avec ce film remarquable sur un ministre aux abois incarné par un Olivier Gourmet des grands jours. Une fiction majeure sur les limites de l'action politique et sur la « pression » constante que subissent les hauts responsables des affaires publiques.
Les cinéastes américains ont toujours adoré mettre en scène leurs présidents (JFK, Nixon, Bush…) dans des biopics critiques. La France, par une triste tradition, ne fait pas preuve de la même audace. Parmi les exceptions : ce film signé Xavier Durringer qui évoque Nicolas Sarkozy (campé de façon convaincante par Denis Podalydès) en mai 2007 alors qu'il s'apprête à devenir le locataire de l'Elysée et qu'il se remémore les épisodes récents de son parcours politique et personnel. Malgré ses facilités, une fiction ambitieuse sur les stratégies de conquête du pouvoir.
La politique au plus haut sommet de l'Etat envisagée de façon minimaliste et farcesque. Dans ce film inclassable, le cinéaste Alain Cavalier ne se contente pas d'assurer la mise en scène puisqu'il incarne également un président de la République fictionnel qui dialogue librement avec son premier ministre (Vincent Lindon). L'occasion pour les deux hommes de s'interroger sur les aléas de leur gouvernance et sur leurs grands objectifs pour l'avenir de la France. Une merveille d'impertinence.
Le dénommé Alexandre Taillard de Worms se démène comme un beau diable au Ministère des affaires étrangères. Son énergie insatiable et ses ambitions mégalomanes épuisent ses collaborateurs… Dans Quai d'Orsay, le regretté Bertrand Tavernier adapte la bande dessinée homonyme de Christophe Blain et Abel Lanzac, elle-même inspirée par le parcours politique et diplomatique de Dominique de Villepin. Résultat : une comédie décapante et l'un des meilleurs rôles de Thierry Lhermitte, irrésistible dans la peau du ministre survolté.
Philippe Rickwaert, une sommité du Parti Socialiste, règne sur son département du Nord, conseille les plus hauts dirigeants politiques et foule plus d'une fois aux pieds les lois de la République… Corruptions, manigances et manipulations en tous genres jusqu'au Palais de l'Elysée : dans les trois saisons de la série Baron noir, les auteurs, Eric Benzekri et Jean-Baptiste Delafon, radiographient les évolutions récentes de la politique française et signent une fiction aussi palpitante que pertinente. L'occasion pour Kad Merad, alias Philippe Rickwaert, d'incarner le meilleur rôle de sa carrière.
La politique française vue par un cinéaste… belge. Dans Chez nous, l'excellent Lucas Belvaux met en scène une infirmière du Pas-de-Calais (Emilie Dequenne) intronisée tête de liste à des élections municipales par un parti d'extrême droite, le « Bloc Patriotique », qui souhaite « dédiaboliser » son image. Soucieux d'analyser les méthodes et les stratégies du « Front National », Lucas Belvaux signe une fiction passionnante et, dans la peau des pontes du parti frontiste, dirige notamment André Dussollier et Catherine Jacob, impeccable en clone de Marine Le Pen. Un film qui a fait débat.
Pourquoi Krim, jeune pianiste virtuose, compromet irrémédiablement son avenir en tirant sur le premier président de la République française issu, comme lui, de l'immigration ? Face à cet acte incompréhensible, le silence dans lequel il s'emmure est comme un miroir tendu, celui d'une société si clivée qu'elle en est devenue folle. Tirée de la la saga éponyme de Sabri Louatah (qui a imaginé l'élection d'un président issu de l'immigration avant Michel Houellebecque), cette minisérie de Canal+ réalisée par la cinéaste Rebecca Zlotowski avec pour principal interprète Roschdy Zem rappelle qu'un sauvage peut être tapi en chacun de nous… Une rareté dans le paysage audiovisuel français.
Paul Théraneau (Fabrice Luchini), le maire fictionnel de la ville de Lyon, semble nourrir des ambitions présidentielles, mais, hélas, il souffre d'une sévère dépression. Sa rencontre avec la jeune Alice Heimann (Anaïs Demoustier), récemment embauchée à la mairie, lui redonne un second souffle… Entre réflexion sur la pensée et la pratique politiques, description d'une administration au travail et, surtout, portrait de deux personnages en quête de sens dans leur existence, Alice et le maire multiplie les pistes et examine avec humour et lucidité l'action pour le bien commun et ses limites. Une fiction politique originale et stimulante.
Clémence, maire de banlieue, s'apprête à passer la main. Très populaire, elle laisse derrière elle une barre d'immeuble en proie à l'insalubrité et aux marchands de sommeil. Soudain le gouvernement envisage de lui confier un ministère… À partir de là, le réalisateur Thomas Kruithof va mettre en place un étonnant jeu de billard. Remarquablement écrit, Les Promesses tient presque du thriller. Il offre à Isabelle Huppert un rôle de félin énigmatique, tissé d'ambiguïtés. Un rôle comme on les aime.
Olivier de Bruyn
Tous droits réservés – Les Echos 2022

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